[Coté Joueur] Teocali

Teocali: Visage d'obsidienne

J’ai eu l’occasion de jouer hier soir à Teocali avec deux des auteurs du jeu, Simon Gabillaud et Coline Pignat, des gens très sympathiques que j’avais déjà rencontré au détour des conventions de Rouen (Les Rôlistes Rouennais : Les Jeux de Roger) et d’Evreux (Si Evreux m’était Joué : La Bamboche des Gredins). Teocali est un jeu qui avait été présenté au concours des Démiurges en Herbe en 2009, et qui après un long travail de réécriture (qui se termine tout juste !) a obtenu une place dans la ligne éditoriale du jeune éditeur de la Bible du Meneur de Jeu, Footbridge Editions. Les premiers échos que j’en avais eus étaient prometteurs : un jeu dans lequel on interpréterait des aztèques à l’époque de la conquête espagnole de l’Amérique du sud, et qui aurait fait vœux de ne jamais tuer aucun homme. Voilà qui annonçait des aventures originales !

Teocali: Rue

Teocali, en fait, n’est pas un jeu historique. Il reprend un peu de tout ce que l’on sait sur les civilisations aztèque, mayas et incas, pour créer une sorte de melting-pot servant de base à ce qui serait sans doute plutôt une uchronie. Le jeu se passe sur une île et ses habitants se nomment les insulaires. On y trouve toutes sortes de castes, clans et tribus, avec à leur tête le Maître de l’île et ses conseillers. Les joueurs endossent le rôle de « tribaux », des membres influents de leur clan ayants rejoints une des six tribus, associée chacune à l’un des dieux du monde de Teocali, les « Teotls ». Ce sont en fait des sortes de représentants religieux, abordant chacun un des aspects de la religion de l’île.

Teocali: Conquérants

Mais voilà, la quiétude des insulaires a été troublée par l’arrivée des conquérants, des hommes blancs. C’est vraisemblablement un des pivots scénaristiques du jeu, « le dernier combat d’une civilisation ancestrale » face à un envahisseur qui n’aura souvent aucun respect pour autre chose que l’or. Les choses ne sont bien sûr pas si simple comme toujours, et il y a matière à vivre aussi bien des intrigues avec les seuls habitants de l’île qu’à rencontrer des hommes blancs plus ouverts et curieux que le gros des troupes conquérantes.

Teocali: Guerrier

Quand on joue à un jeu de rôle et que l’on veut porter un regard un tant soit peu critique, il est difficile de faire la part entre un bon jeu, un bon MJ et un bon scenario. Je pense avoir eu droit aux trois hier soir, ce qui aide grandement à apprécier pleinement un jeu.

Les joueurs étaient inventifs et le MJ toujours ouvert à leurs idées. Nous avions beau ne pas connaitre les enjeux de l’univers sur le bout des doigts (loin de là même), mais quelques bonnes réponses à nos questions nous ont permises de bien rentrer dans l’histoire et faire avancer notre enquête.

Le scenario était plutôt ouvert, mettait en avant des enjeux plutôt importants et nous proposait un mystère touffu mais pas incompréhensible. Les objectifs étaient suffisamment clairs, et jamais nous n’avons eu l’impression d’être dans une impasse.

Quelques mots maintenant sur le jeu en lui-même.

Teocali

Commençons par l’univers. Il propose un cadre riche et différents de ce que l’on a l’occasion de jouer habituellement. Ce sont surtout les enjeux religieux apportent une certains originalité à la chose : les insulaires se soumettent d’eux même à un certain nombre de tabous (assassinat prémédité, meurtre passionnel, irrespect des Teotl, etc.) qui obligent souvent à aborder les événements avec un regard différent. Cela dit, il y a un gros travail de la part du MJ et des joueurs pour se lancer dans l’aventure, je pense. On est là face à une culture relativement méconnue et absente de notre culture générale, avec un nombre de termes étranges et inconnus assez important. Il faut peut-être penser à avoir un lexique dans un coin. Moi ça ne me fait pas peur, mais je connais déjà un peu la question (j’ai étudié l’art précolombien jadis à l’université et j’ai même eu pour pseudo Tlahuizcalpantecuhtli quelque-part sur le web à une époque). Ce n’est pas tant qu’il faut déjà être un peu connaisseur pour rentrer dans le jeu (comme pour L5A par exemple), c’est juste qu’il faut soit prévoir un petit temps d’acclimatation, soit avoir un MJ qui a bien potassé son sujet.

Parlons maintenant du système de jeu. Une fois n’est pas coutume, je vais en parler en bien. Les règles de jeu de rôle, globalement, ça m’ennuie. Surtout en jeu. Je n’aime pas les lire, et j’en bazarde toujours une bonne partie quand je suis MJ. J’ai d’ailleurs un lourd passif derrière moi de JdR sans règle, avec une résolution d’action à la discrétion du MJ.
Mais là, et bien j’ai franchement bien aimé. C’est simple : une carac plus une compétence nous donnent le nombre de dés à lancer. Chaque dé à une chance sur deux de réussir, et on peut lancer le type de dé que l’on veut. On peut miser sur les résultats pairs, impairs, les plus gros résultats ou les plus faibles, selon notre bon vouloir. On peut même jouer avec des cartes ou tout ce qu’on veut, tant que l’on reste sur une chance sur deux. Avec nos réussites, et bien on doit dépasser une difficulté, trois étant la moyenne.
Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est la magie. Tous les PJ ont des pouvoirs magiques, mais tous en ont des différents. Par exemple, je jouais une « Maaci », capable de lire les pensées et les âmes, mais aussi de les modeler. La description des pouvoirs est très ouverte et laisse pas mal de place à l’imagination. Chacun a une difficulté et un coup en « oa ». Les oas correspondent à chacune de nos quatre caractéristiques, et peuvent être représentée par des petits galets de couleur par exemple. Là où ça devient cool, c’est si on veut modifier un peu l’effet du pouvoir utilisé (jouer sur la durée, la spère d’influence, etc.), on a le choix entre augmenter le coup en oas ou augmenter la difficulté. Encore mieux, la récupération des oas se fait en roleplay, plus ou moins, selon chacune des couleurs : je pouvais en regagner, par exemple, soit en discutant longuement avec quelqu’un, soit en méditant, soit me trouvant des partenaires sexuels. Mine de rien, ça mets un peu en place les « habitudes » des personnages, ce à quoi ils passent leur temps, quelque-part.

J’ai bien aimé en tout cas.

Teocali

Mais bon, concluons, parce qu’il faut bien s’arrêter et que je ne peux pas tout vous raconter !

Teocali est un jeu qui a une vrai couleur particulière, et qui propose un univers riche et attirant. Il promet des situations originales, mais aussi de belles scènes d’actions et autres enquêtes comme on les aime. Il offre beaucoup de liberté aux joueurs au travers de son système de magie ouvert et simple à la fois. Avec un peu d’imagination, il y a moyen de vraiment bien s’amuser. Encore une fois, ce n’est sans doute pas un jeu que je voudrais maitriser, mais plutôt auquel j’aimerai pouvoir jouer ! Je vous conseille sincèrement de jeter un œil au kit de découverte qui circule en ce moment, et de vous faire une idée par vous-même.

Teocali devrait sortir cet automne si la relecture avance un peu !
Vous pouvez trouver un kit de découverte sur le site officiel du jeu.
Il doit également être trouvable en boutique gratuitement (il faudrait que j’en récupère un d’ailleurs).

Je vous invite à jeter aussi un coup d’œil au site de l’éditeur, Footbridge.
Également, les illustration de l’article ont été piquées sur le site de Mickaël Blemand , un des illustrateurs du jeu (qui n’autorise pas les clics droit, mais je suis un vil ex-informaticien, hé hé) !
Bon jeu !

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Comments
5 Responses to “[Coté Joueur] Teocali”
  1. Merci beaucoup monsieur Point Final,

    Je dois dire que ce fut une partie réellement sympathique. J’ai beaucoup aimé maîtriser ce scénario en peu étrange et avoir des de la part des joueurs de cette dernière partie, des actions très différentes de ceux qui l’avaient testé auparavant.

    En tout cas, je suis vraiment heureux que le projet de plaise,

    A bientôt

    • J’ai vraiment beaucoup apprécié la partie, et je trouve que le jeu, au delà même de son univers propose une expérience de jeu intéressante, et une place justement à des « bourrins sociaux » comme ma Maaci :).
      On en a parlé ce soir là et j’en reparlais encore hier avec un ami, les personnages sociaux se font souvent avoir en JdR. Et là, avec le système de magie tel que je l’ai vu, et bien il y a une place pour tous le monde !
      Tu as conquis au moins un acheteur de soutien, et si j’ai pu donner envie à une ou deux personnes avec mon article, ben je suis bien content :). Me reste à convaincre un MJ de me faire jouer au jeu xD.

      • Coline Pignat dit :

        Je te rassure, à la suite des remarques de Footbridge et de celles des relecteurs, j’ai mis en place un glossaire des termes exotiques qui sera au début du livre.

        Merci pour cette critique !

      • Je n’en doutais pas, je disais juste que ça me semblait vraiment indispensable, au moins pour se lancer dans l’univers ;).
        Parce qu’honnêtement, nos chers meso-américains, ben ils avaient quand même une drôle de façon d’utiliser les « H », les « T » et les « L » !
        (sans parler des « Z »)

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  1. […] J’ai participé à la dernière édition des Démiurges en Herbe, la cinquième, cette année. C’est un concours d’écriture de jeu de rôle, en temps limité et avec un thème imposé. Organisé par le collectif ForgeSonges, il a conduit à la publication prochaine de quelques jeux, dont notamment Mississippi dont je vous ai parlé récemment et Teocali, dont je vous parlerai sans doute si je peux mettre la main sur quelqu’un pour m’y faire jouer (MaJ: C’est chose faite). […]



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