>Les Guerriers du Silence

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« Venez, je vous ai préparé un bon repas. Nous aurons tout loisir de parler ensuite… »
L’enfant dévala la pente à toutes jambes, cabri sautant lestement d’une pierre à l’autre. Il oublia dans sa hâte d’attendre les nouveaux arrivants qui, eux, main dans la main, prenaient tout leur temps pour descendre.
Il y avait si longtemps, depuis la mort de sa mère, que Shari n’avait pas fait un bon et vrai repas.

Après Rendez-vous avec Rama, j’ai longtemps hésité quant au livre que je lirai ensuite. Je voulais quelque chose de similaire, ou d’au moins aussi prenant. Problème : la suite n’était pas disponible en boutique (et, je ne me l’explique pas, je n’étais pas disposé à le commander sur internet), et je n’avais rien en stock qui s’en rapproche un tant soit peu. J’avais bien quelques bouquins non lus (qui le sont toujours d’ailleurs) mais rien qui ne me tente.
Je me suis décidé alors à relire du déjà lu. C’est bien rare que je le fasse, mais force est de constater qu’avec le temps va, tout s’en va, qu’au bout d’un moment, on finit par oublier tout ces petits détails qui nous font aimer tel ou tel livre. J’ai d’abord failli opter pour le cycle des Princes d’Ambre de Roger Zelazny (une véritable merveille), puis je me suis ravisé, pour choisir Les Guerriers du Silence, de Pierre Bordage. Après tout, je n’avais à l’époque lu que le premier tome, et j’avais désormais en ma possession les deux autres, Terra Mater et La Citadelle Hyponeros.
Voilà donc que je me retrouvais pour la seconde fois dans l’univers de cet auteur français qui est ma foi très réputé.
L’auteur et son œuvre
Pierre Bordage est donc né en 1955 à La Reorthe, en Vendée. Ce n’est pas un scientifique, mais plutôt un bon petit littéraire à la française, qui va toucher un peu à tout pour gagner sa vie en attendant de se faire publier. Il découvre d’ailleurs la SF par hasard, dans un atelier d’écriture.
Il voyage beaucoup et tout particulièrement en Asie, et pratique le karaté. Les cultures extrême-orientales auront sans aucun doute eu une grande influence sur son œuvre littéraire.
Il aura donc quelques difficultés à se faire éditer. Il écrit Les Guerriers du Silence en 1985, mais aucune maison d’édition n’en voudra. Ce n’est qu’en 1992 qu’il parvient à faire publier Le chêne vénérable, premier tome de son cycle de Rohel le Conquérant, qui compte aujourd’hui quelques 14 volumes divisés en trois « cycles ».
Il connut un succès aussi bien d’estime que commercial (sans doute est-ce l’auteur de SF français le plus vendu) et s’avéra un écrivain des plus prolifiques. On peut compter quelques 42 romans et quelques nouvelles entre 1992 et 2009.
Du lot, je n’ai lu que deux « séries » : Le cycle de Wang : Les Portes d’Occident et Les Aigles d’Orient en 96 et 97, que je vous recommande vivement. Il se paye le luxe de faire de l’uchronie sans en faire dans une Europe future franco-centrée mais pas jolie jolie, et Les Derniers Hommes, publié en 2000 (à partir de décembre 1999 en fait) sous forme épisodique, puis regroupé en 2002 dans un seul et même bouquin. On a cette fois du post-apocalyptique en France, et bien que j’ai bien aimé, je n’ai pas accroché jusqu’à la fin. Que voulez-vous, un jour peut-être…
Le livre
Les circonstances de la publication des Guerriers du Silence sont assez amusantes. Peut-être vous rappelez-vous que le livre, écrit en 1985, n’avait pas su trouver éditeur à son pied. Il le fut pourtant finalement en 1993 chez l’Atalante, sous la recommandation de Patrick Couton (le traducteur officiel de Terry Pratchett – on en reparlera peut-être qui sait), avec qui il était ami de longue date depuis que le second ait pris le premier en stop à la fin des années 70, puis lui ait donné des cours de banjo et ait fait quelques voyages (ouf !)[1]. Le bouquin reçut un accueil des plus chaleureux ainsi que le Grand Prix de l’Imaginaire et le Prix Julia Verlanger en 1994.
Nous allons donc suivre les aventures de Tixu Oty l’Orangien pour déjouer les plans machiavéliques des Scaythes d’Hyponeros qui projettent de renverser la Confédération de Naflin. Heureusement, il sera aidé d’Aphykit la belle Syracusaine, qui évidemment tombera amoureuse de lui avant la fin de l’histoire.
Alors vu comme ça, il semblerait que ça ne rentre pas dans ma définition de la bonne SF, comme rapidement décrite dans l’article précédent. Le fait est que ce bouquin, comme La Guerre des Etoiles de George Lucas par exemple, se rapproche plus du roman d’aventure voire de la fantasy, que de la « hard science fiction » comme on dit. Et ce n’est pas forcement un mal, franchement, un peu d’héroïsme et d’action de temps en temps.
Mais donc, une fois ceci acquis, je peux dire que j’ai une fois de plus beaucoup aimé ce bouquin. Le héros, Tixu Oty, est au départ un pauvre type qui a raté sa vie et qui ne sait pas ce à quoi il peut bien être utile. Mais voilà, le monsieur a un destin et il va devenir Sri Lumpa, le sage sauveur de l’humanité. Oui, parce que les Scaythes sont des gros méchants télépathes qui tuent par la pensée et qui veulent vraisemblablement exterminer tous les Hommes. J’ai du mal à m’empêcher de me moquer, mais le tout est vraiment bien écrit et agréable à lire. Chaque chapitre se termine avec suspense, et le suivant parle en général de quelqu’un d’autre, ailleurs, nous apprenant de nouveaux éléments sur l’intrigue générale, qui s’avère bien ficelée.
Vraisemblablement, ce premier tome n’est cela dit qu’une mise en place des forces en présence pour un conflit plus important par la suite mais… je n’ai tout simplement pas réussi à accrocher au second tome, Terra Mater. Je n’en ai pas lu beaucoup, alors je suis inexcusable, mais alors que j’étais attaché à Tixu, voilà qu’il semble soudain passer à un rang relativement secondaire et que l’on suit plutôt des enfants, de longues années plus tard. Peut-être cela m’aurait-il moins choqué s’il y avait eu une longue période entre ma lecture des deux livres, mais là, ça m’a semblé trop brutal.
Tant pis pour Pierre Bordage (quoique, j’ai déjà acheté ses livres en fait), et tant mieux pour moi, j’ai d’autres bouquins qui m’attendent.

Notes

[1] Voir l’interview de Patrick Couton pour SFmag juste .
 

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